Après une frappe : le monde retient son souffle
Dans les premiers jours tendus du mois de janvier 2020, à la suite de la spectaculaire frappe de drone américain qui a tué le général iranien Qassem Soleimani à Bagdad le 3 janvier, le monde était au bord d'un conflit régional majeur. L'attaque de missiles balistiques en représailles de l'Iran contre les forces américaines sur la base aérienne irakienne d'Al-Asad et sur une autre installation près d'Erbil le 8 janvier a intensifié les craintes, provoquant un besoin urgent de désescalade. C'est dans ce contexte que le président de l'époque, Donald Trump, s'est adressé à la nation depuis le Grand Foyer de la Maison Blanche, dans le but de calmer les nerfs et de tracer la voie à suivre pour l'Amérique. Si son discours a apporté un soulagement immédiat en signalant une pause dans l'escalade militaire, il a également laissé un nombre important de questions critiques sans réponse, un point souligné par des observateurs comme Gary O'Donoghue de la BBC.
Le message immédiat : désescalade et sanctions
Le discours du président Trump du 8 janvier 2020 a délivré un message clair de désescalade. Il a déclaré que l'Iran semblait « se retirer » et que les États-Unis répondraient aux attaques de missiles en imposant de « nouvelles sanctions puissantes » plutôt que de nouvelles actions militaires. Il a vanté la force de l’armée américaine, soulignant qu’aucune vie américaine n’a été perdue dans les frappes iraniennes, attribuant le succès aux systèmes d’alerte précoce. Le président a également appelé les alliés de l'OTAN à s'impliquer « beaucoup plus » au Moyen-Orient et a appelé à une reprise des négociations pour un nouvel accord nucléaire, abandonnant le Plan d'action global commun (JCPOA) de 2015 que son administration avait abandonné en 2018. Cet abandon immédiat d'une nouvelle escalade militaire a été largement salué, tirant la région du précipice. "Menace" ?
Malgré le soulagement, une omission cruciale dans le discours de Trump était toute justification détaillée de la frappe hautement provocatrice contre Soleimani. L’administration avait constamment affirmé que Soleimani préparait « des attaques imminentes et sinistres » contre des diplomates et des militaires américains. Cependant, le président n’a fourni aucun renseignement spécifique ni aucune preuve concrète pour étayer ces affirmations lors de son discours. Les critiques, parmi lesquels de nombreux législateurs et analystes du renseignement, ont insisté à plusieurs reprises en faveur de la transparence, arguant que le flou compromettait la légalité et la sagesse d’une action militaire aussi importante sans l’approbation du Congrès. Le manque de détails a laissé un vide béant, soulevant des doutes sur l'évaluation des renseignements qui a conduit à l'assassinat de l'une des figures militaires les plus puissantes d'Iran et alimentant les soupçons d'une frappe réactive plutôt que préventive.
Au-delà du gouffre : une stratégie à long terme pour l'Iran ?
Une autre absence flagrante dans les remarques de Trump concerne une stratégie cohérente à long terme pour gérer les relations avec l’Iran. Même si le discours articulait une désescalade immédiate et un recours aux sanctions économiques, il ne parvenait pas à définir une vision plus large de la stabilité dans le golfe Persique ni une voie vers une résolution globale de la question nucléaire. L’appel à un « nouvel accord » était vague, sans préciser ce qu’un tel accord impliquerait ni en quoi il différerait substantiellement du JCPOA, auquel l’Iran avait largement adhéré avant le retrait américain. Les analystes se demandent comment l’administration envisage de contraindre l’Iran à négocier sous la pression de sanctions maximales, surtout après un acte d’agression aussi profond. L'absence de feuille de route diplomatique suggère une politique fondée sur la réaction plutôt que sur un engagement proactif, laissant la région vulnérable à de futures flambées de violence.
Préoccupations des alliés et surveillance du Congrès
Enfin, le discours n'a pas fait grand-chose pour apaiser les inquiétudes des principaux alliés des États-Unis ou au sein du Congrès américain concernant la nature unilatérale de la frappe de Soleimani. Les dirigeants européens, notamment ceux du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne, ont exprimé leur inquiétude face à l’escalade des tensions et au manque de consultation avant la grève. L’appel de Trump à l’OTAN d’accroître son implication, bien qu’il s’agisse peut-être d’un objectif valable à long terme, n’a pas directement résolu la crise de confiance immédiate parmi les alliés qui se sentaient mis à l’écart. Au niveau national, les membres du Congrès, en particulier les démocrates, ont remis en question le pouvoir du pouvoir exécutif de faire la guerre sans l'approbation du législateur, citant la loi sur les pouvoirs de guerre. Le discours du président n'offrait aucune assurance d'une surveillance accrue du Congrès ou d'un engagement à demander l'autorisation pour de futures actions militaires, laissant le débat sur le pouvoir exécutif en matière de politique étrangère non résolu et soulevant des signaux d'alarme concernant de futures interventions unilatérales.






