Elsa Schiaparelli : le génie espiègle qui osait rêver
Dans la tapisserie vibrante de la mode du XXe siècle, peu de noms résonnent avec l'esprit audacieux et le flair artistique d'Elsa Schiaparelli. Le designer italien, dont le travail continue de choquer et de ravir les générations, revient à nouveau sur le devant de la scène. Le V&A de Londres accueille actuellement « Schiaparelli : La mode devient art », une exposition immersive rendant hommage au cerveau le plus espiègle de la mode, invitant les visiteurs à plonger dans un monde où la couture transcende le simple vêtement pour devenir une sculpture portable.
Né à Rome en 1890, le parcours de Schiaparelli dans la mode était tout sauf conventionnel. Fuyant la formation traditionnelle de ses pairs, elle fait irruption sur la scène parisienne à la fin des années 1920, s'imposant rapidement comme un formidable contrepoint à l'élégance minimaliste de Coco Chanel. La vision de Schiaparelli était empreinte d’irrévérence, d’esprit et d’un lien profond avec les mouvements artistiques d’avant-garde de son époque, notamment le surréalisme. Elle considérait les vêtements non seulement comme un revêtement, mais comme une toile d'expression provocatrice, une philosophie qui continue d'inspirer les créateurs contemporains.
Where Art Met Atelier : Iconic Creations
Les collaborations de Schiaparelli avec de grands artistes surréalistes ont donné naissance à certains des moments les plus inoubliables de la mode. Son partenariat avec Salvador Dalí, à partir du milieu des années 1930, a donné naissance à des chefs-d'œuvre comme la Robe Homard (1937), une robe en soie blanche ornée d'un gros homard rouge, un motif surréaliste classique du désir et du subconscient. Une autre pièce emblématique née de cette union artistique était le Shoe Hat (1937-38), un casque ludique en forme de talon haut retourné, porté par Gala Dalí. Ces créations n'étaient pas que des vêtements ; c'étaient des manifestes, remettant en question les perceptions de la beauté et de l'utilité.
Au-delà de Dalí, Schiaparelli a également travaillé avec Jean Cocteau, dont les dessins ornaient ses manteaux de soirée en 1937. Son utilisation inventive des matériaux était tout aussi révolutionnaire, depuis la création de capes de soirée en écorce d'arbre jusqu'à l'incorporation de fermetures éclair non seulement pour des raisons fonctionnelles mais comme éléments décoratifs. Sa couleur signature, le « rose choquant », lancée en 1937 avec son parfum « Shocking », est devenue synonyme de son esthétique audacieuse, une teinte vibrante qui capture son esprit audacieux et continue d'être un puissant identifiant de la marque.
Un héritage au-delà du défilé : une influence durable
Bien que sa rivalité avec Coco Chanel soit légendaire, Chanel a rejeté Schiaparelli comme étant « cette artiste italienne qui fabrique des vêtements » - elle a souligné La position unique de Schiaparelli. Elle était artiste d’abord, puis couturière, une distinction qui la distinguait. Ses créations, souvent ludiques et fantastiques, comprenaient la robe squelette (1938), qui présentait des côtes rembourrées et une colonne vertébrale à l'extérieur, et la robe déchirée.(1938), conçu avec des déchirures en trompe-l'œil, reflétant les horreurs de la guerre avec une beauté effrayante. Ces pièces démontrent sa capacité à tisser des récits et des émotions complexes dans du tissu.
L'esprit pionnier de Schiaparelli a jeté les bases des générations futures de créateurs qui ont osé repousser les limites. De la théâtralité de John Galliano à la déconstruction de Rei Kawakubo, son influence est palpable. Elle a démontré que la mode pouvait être intellectuelle, humoristique et profondément personnelle, laissant une marque indélébile sur la façon dont nous percevons et interagissons avec les vêtements.
« La mode devient de l'art » : une plongée en profondeur au V&A
L'exposition du V&A, qui se déroule jusqu'au 18 février 2025, offre un regard sans précédent sur l'univers créatif de Schiaparelli. Organisé avec une attention méticuleuse aux détails, il présente plus de 200 vêtements et accessoires, ainsi que des croquis, des photographies et des images d'archives de ses années d'activité entre 1927 et 1954. Les visiteurs peuvent retracer l'évolution de ses thèmes, de ses premiers modèles de tricots à ses grandes collaborations surréalistes et ses silhouettes ultérieures plus structurées. L'exposition est judicieusement organisée en sections thématiques, explorant sa fascination pour le cosmos, la nature et le corps humain, fournissant un contexte riche à ses œuvres les plus célèbres.
Des expositions interactives et des effets personnels rares offrent un aperçu intime de la vie et de l'esprit de la créatrice, révélant la curiosité intellectuelle et l'esprit rebelle qui ont alimenté ses créations. Comme le note le Dr Eleanor Reynolds, commissaire principale de l'exposition, "Schiaparelli ne s'est pas contentée de concevoir des vêtements ; elle a conçu des expériences. Cette exposition vise à capturer cette essence, en montrant comment son approche révolutionnaire a véritablement fait de la mode une forme d'art, influençant non seulement la couture mais aussi la culture populaire pour les décennies à venir."
"Schiaparelli : La mode devient de l'art" est plus qu'une simple rétrospective ; c'est une célébration vibrante d'un visionnaire qui a redéfini l'essence même de la mode, prouvant que l'imagination, l'esprit et une touche d'extravagance peuvent créer un héritage durable qui continue de résonner aujourd'hui.






