La réalité tenace : au-dessus de l'objectif, mais pourquoi ?
Malgré un recul significatif par rapport à son sommet historique, l'inflation britannique continue de défier l'objectif de 2 % de la Banque d'Angleterre, ce qui représente un défi persistant pour les décideurs politiques et un fardeau continu pour les ménages. Les dernières données de l'Office des statistiques nationales (ONS) ont révélé que l'indice des prix à la consommation (IPC) s'élevait à 4,0 % en février 2024, soit une baisse considérable par rapport aux 11,1 % observés en octobre 2022, mais tout de même le double de l'objectif de la banque centrale.
Cette hausse persistante n'est pas uniquement due aux effets persistants de la crise énergétique. Alors que les prix de gros du gaz se sont stabilisés, les éléments les plus « collants » de l’économie s’avèrent plus difficiles à déloger. L'inflation des services, par exemple, a enregistré un solide 6,1 % en février, tirée par la hausse des coûts de main-d'œuvre et une forte demande dans des secteurs comme l'hôtellerie, les loisirs et les transports. L'inflation alimentaire, bien qu'en décélération, reste élevée à 5,0 %, ce qui a un impact sur les budgets quotidiens. Le Dr Anya Sharma, économiste en chef chez Global Insights Research, note : "Les chiffres généraux évoluent dans la bonne direction, mais les pressions inflationnistes sous-jacentes, en particulier dans le secteur des services, se révèlent plus résistantes que de nombreux prévisionnistes ne l'avaient initialement prévu. Il s'agit d'une tapisserie complexe de facteurs nationaux et internationaux. "
Sous la surface : croissance des salaires et problèmes d'offre
L'un des principaux moteurs nationaux de cette inflation persistante est la forte croissance des salaires. Le salaire régulier moyen, hors primes, a augmenté de 6,2 % au cours des trois mois précédant janvier 2024, dépassant largement le taux d'inflation pour de nombreux travailleurs, mais alimentant simultanément les coûts de fonctionnement des entreprises. Cette dynamique de « spirale salaires-prix », dans laquelle des salaires plus élevés entraînent des prix plus élevés, et vice versa, est une préoccupation majeure du Comité de politique monétaire (MPC) de la Banque d'Angleterre.
Au-delà des facteurs nationaux, les perturbations de la chaîne d'approvisionnement mondiale continuent d'exercer des pressions. Alors que les difficultés post-pandémiques se sont largement dissipées, de nouveaux points chauds géopolitiques sont apparus. Par exemple, les tensions persistantes en mer Rouge ont conduit à un déroutement des porte-conteneurs, augmentant les coûts de transport d'environ 15 % pour les routes de l'Asie vers l'Europe au cours des derniers mois. Cela se traduit inévitablement par des coûts d’importation plus élevés pour les entreprises britanniques, qui sont ensuite répercutés sur les consommateurs. En outre, les frictions commerciales post-Brexit continuent d'ajouter une couche de complexité administrative et financière aux importations, en particulier pour certains produits et composants alimentaires.
Le parcours sur la corde raide de la Banque d'Angleterre
La Banque d’Angleterre se retrouve sur une corde raide. Alors que le taux d’escompte est maintenu à 5,25 %, son plus haut niveau depuis 16 ans depuis août 2023, la banque centrale tient à s’assurer que l’inflation est fermement maîtrisée avant d’envisager toute baisse de taux. Le gouverneur Andrew Bailey a souligné à plusieurs reprises la nécessité de « preuves durables » du retour de l’inflation vers l’objectif de 2 % avant d’assouplir la politique monétaire. Cette position prudente reflète les craintes d'une victoire prématurée, qui pourrait raviver les pressions inflationnistes.
Les marchés financiers ont de plus en plus repoussé leurs attentes concernant la première baisse des taux, de nombreux analystes prévoyant désormais une décision au plus tôt en août ou septembre 2024, un changement par rapport aux prévisions antérieures d'une baisse des taux en mai. Les récentes tendances de vote du MPC reflètent également cette prudence, plusieurs membres ayant choisi de maintenir une position plus belliciste, privilégiant la maîtrise de l'inflation plutôt que la relance économique immédiate. Les dernières projections de la Banque suggèrent que l'inflation pourrait revenir à son objectif d'ici la mi-2025, mais ces perspectives dépendent fortement des prix mondiaux de l'énergie et de la vigueur de la croissance des salaires nationaux.
Impact sur les ménages et perspectives
Pour des millions de ménages britanniques, la crise du coût de la vie est loin d'être terminée. Alors que les salaires réels commencent à se redresser, l’effet cumulé d’années de forte inflation signifie que le pouvoir d’achat reste considérablement érodé. Les détenteurs de prêts hypothécaires confrontés à des opérations de réhypothèque sont toujours aux prises avec des taux d'intérêt considérablement plus élevés, ajoutant des centaines de livres aux remboursements mensuels. Les locataires sont également confrontés à une croissance record des prix des loyers dans de nombreuses régions.
Eleanor Vance, directrice du UK Household Watchdog, a déclaré : "Même si les chiffres de l'inflation globale offrent un certain soulagement, la réalité sur le terrain pour les familles qui budgétisent pour les produits de première nécessité, la garde d'enfants et le logement reste incroyablement difficile. Chaque point de pourcentage au-dessus de l'objectif de 2 % représente une véritable pression financière." L’Office for Budget Responsibility (OBR) a récemment révisé ses prévisions, prévoyant que l’inflation atteindrait 2,5 % d’ici le quatrième trimestre 2024, mais a également mis en garde contre des risques potentiels à la hausse dus à l’instabilité géopolitique et à des chocs imprévus sur l’offre. Il semble que le retour à la stabilité des prix sera progressif et difficile pour l’économie britannique.






