La grève des Houthis signale un élargissement du conflit
Les marchés mondiaux ont ouvert la semaine sur une note volatile, avec une hausse des prix du pétrole et une chute des actions asiatiques, suite à une escalade significative au Moyen-Orient au cours du week-end. Les rebelles Houthis du Yémen, soutenus par l'Iran, ont revendiqué le lancement de missiles balistiques à longue portée et de drones vers Israël, marquant leur entrée directe dans un conflit qui entre maintenant dans sa cinquième semaine tumultueuse. Alors que les systèmes de défense aérienne israéliens, notamment Iron Dome et Arrow 3, ont réussi à intercepter les projectiles près de la ville d'Eilat, dans le sud du pays, évitant ainsi des victimes ou des dégâts, l'incident a envoyé un message clair sur l'ampleur croissante des hostilités régionales.
Ce dernier développement, survenu le samedi 11 novembre 2023, intervient alors que le conflit plus large entre Israël et le Hamas, déclenché le 7 octobre, continue d'engloutir la bande de Gaza. L’intervention des Houthis transforme ce qui était déjà une crise régionale profondément préoccupante en un potentiel conflit économique mondial, en particulier concernant les voies de navigation et les routes d’approvisionnement énergétique vitales. Les analystes de Stratfor ont noté que « la frappe des Houthis, même si elle est interceptée, démontre la capacité de l’Iran à projeter sa puissance par l’intermédiaire de ses mandataires sur plusieurs fronts, compliquant considérablement les efforts de désescalade. »
Les marchés pétroliers se préparent aux chocs d’offre
La réaction immédiate et la plus prononcée du marché a été observée dans le secteur du pétrole brut. Les contrats à terme sur le brut Brent, la référence internationale, ont bondi de 2,8% à 85,15 dollars le baril au début des échanges de lundi, tandis que les contrats à terme sur le brut West Texas Intermediate (WTI) ont augmenté de 3,1% à 80,70 dollars le baril. Cette crainte vient de la position stratégique des Houthis le long du détroit de Bab el-Mandeb, une voie navigable étroite reliant la mer Rouge au golfe d'Aden, qui constitue un point d'étranglement critique pour les expéditions mondiales de pétrole et de gaz.
Les inquiétudes grandissent quant au fait que les actions des Houthis pourraient perturber le trafic maritime à travers ce détroit, ou même cibler des navires commerciaux perçus comme liés à Israël ou à ses alliés. On estime que 12 % du commerce mondial et 30 % du trafic mondial de conteneurs transitent par le canal de Suez et, par extension, par Bab el-Mandeb. Toute menace persistante sur cette route pourrait contraindre les pétroliers à faire des détours plus longs et plus coûteux autour de l’Afrique, ce qui ferait grimper les coûts de transport et, à terme, les prix de l’énergie pour les consommateurs du monde entier. « Le marché intègre une prime de risque importante », a déclaré Sarah Chen, analyste principale de l'énergie chez Global Insight Partners. "La possibilité d'une perturbation du détroit de Bab el-Mandeb, associée à la menace omniprésente qui pèse sur le détroit d'Ormuz, plus au nord, crée un scénario hautement inflammable pour la sécurité énergétique mondiale."
Les bourses asiatiques subissent les conséquences de l'aversion au risque
L’incertitude géopolitique accrue a également déclenché une vague d’aversion au risque sur les marchés actions asiatiques. Les investisseurs, à la recherche de valeurs refuges, ont retiré leurs capitaux des actions régionales, entraînant ainsi des baisses significatives. L'indice japonais Nikkei 225 a chuté de 1,9% pour clôturer à 32 500 points, sa plus forte baisse sur une journée en trois semaines. L'indice Hang Seng de Hong Kong a chuté de 2,3% à 17 450 points, tandis que l'indice composite Shanghai de Chine continentale a chuté de 1,1% à 3 060 points. Le KOSPI de la Corée du Sud a également connu une baisse de 1,7 %.
Les secteurs de la technologie et des exportations ont été particulièrement touchés, reflétant les inquiétudes concernant d'éventuelles perturbations de la chaîne d'approvisionnement et un ralentissement de la demande mondiale. La fuite vers la sécurité a entraîné une hausse de la demande d’obligations d’État, entraînant une baisse des rendements, ainsi qu’un renforcement du dollar américain par rapport à la plupart des principales devises. L'or, une valeur refuge traditionnelle, a également vu son prix grimper, proche de la barre des 1 950 dollars l'once.
Une région sur le fil du couteau
L'offensive des Houthis souligne la nature profondément interconnectée du réseau de groupes mandataires iraniens à travers le Moyen-Orient, du Hezbollah au Liban à diverses milices en Irak et en Syrie, et maintenant les Houthis au Yémen. Cet engagement sur plusieurs fronts fait planer le spectre d’une conflagration régionale plus large qui pourrait attirer les grandes puissances mondiales. Les États-Unis, qui maintiennent une présence navale importante en mer Rouge via leur Cinquième Flotte, ont condamné les actions des Houthis et ont réitéré leur engagement en faveur de la stabilité régionale et de la liberté de navigation.
Alors que le conflit entre dans sa cinquième semaine, l'accent reste mis sur les efforts de désescalade, même si l'implication des Houthis complique un paysage diplomatique déjà complexe. Les conséquences économiques de cette instabilité prolongée, notamment en ce qui concerne les prix de l'énergie et les routes commerciales mondiales, sont sur le point de se faire sentir bien au-delà de la zone de conflit immédiate, alimentant potentiellement l'inflation et remettant en question les prévisions de croissance économique mondiale pour 2024.






